Comme un vieux graffiti sur le mur d’une ruelle de Kabukicho : le Mic Space Cru. Hardcore et underground, ce collectif de Rappeur japonais tire son épingle du jeu et se lave les mains d’un rap trop commercial. Il s’insurge contre les codes d’une société trop étriquée et massacre des beats old school et cinglants comme peu l’ont fait auparavant. Des passés de sales types, des connexions à la mafia locale et comme chef-lieu les rues de Kabukicho. Dès le début des années 2000 le MS Cru devient pionné du gangsta rap japonais, violent et tranchant. Retour sur ce groupe qui a transformé le rap japonais.

Début des années 2000, le rap japonais s’élève de plus en plus. Malgré une mauvaise image persistante, l’archipel adopte la seconde vague du rap japonais. 20 ans plus tôt, les années 1980 est une période phare dans l’émergence d’un mouvement culturel urbain. Au japon comme ailleurs, le film Wild Style y est pour beaucoup. Sur fond de break dancing et de l’art du graffiti, le hip-hop fait difficilement sont lit dans un pays ou les maisons de disques se désintéresse d’un mouvement trop américanisé aux allures noires et sans réels rapport avec le pays. Le parc Yoyogi à Harajuku , lieu où se retrouveront les initiateurs du mouvement urbain et hip-hop sert peu à peu d’étendard à ce nouvel art, mais ce nouveau mouvement peine à prendre dans l’esprit des japonais.

Dix ans plus tard, années 90, l’ambiance s’est décantée et des groupes de hip-hop pionners comme King Giddra cristallisent le mouvement musical et signe le succès d’un hip-hop de plus en plus commercial. La dimension commerciale tire peu à peu le rap japonais vers une Pop singulière. Le rap à succès et un rap commercial, par des rappeurs aux faux airs underground. Entre J-Rap et J-Pop il n’y a qu’un pas, ou presque. C’est à cet période que le MS CRU entre en scène et impose un nouveau genre, le Gangsta Rap japonais.

La nébuleuse du Gangsta Rap japonais s’appelle MS CRU

Mic Space Cru, qui deviendra plus communément le MS CRU puis juste MSC prend forme durant l’année 2000. Cette entité sortie des entrailles de Shinkjuku propage un rap hardcore qui pourrait s’apparenter, en France, à un Lunatic dans le fond et à un Fonky Family dans la forme. Ce qui sera la première entité du rap d’un nouveau genre se compose, à ses débuts, de Taboo1, Go, Primal, 02 et de l’imposant MC Kan (漢)(aujourd’hui 漢 a.k.a GAMI) , leader du groupe et colonne du Rap Japonais.

A ce premier bataillon s’additionne le groupe Satellite (Major (少佐) , Dogma et Saw). La nébuleuse s’étend et de nouvelles tentacules viennent se greffer au crew. Le groupe Juswanna  (ジャスワナ) composé de Mega-G, Muta et Messiah THE Fly (メシアTHEフライ) s’intègre au collectif plus tard en intervenant sur leur second opus. Une masse imposante à laquelle s’ajoutes aussi Mabo, Noe’ Aka Nor, Shosa, Blackee, Hardtackle_33 et Hardtackle\66 à la production, les DJ Dj Kohaku, DJ O-KI, DJ Takuma et le beatboxer Taika. Cela, sans compter les innombrables rappeurs japonais qui s’associeront au crew pour des coopérations, dont le très bon Mc d’Osaka : Shingo☆Nishinari (SHINGO☆西成).

Le groupe de rap japonais MSC

Parti de Kita Shinjuku, avec sa bite et son katana

Avec pour chef-lieu Kita Shinjuku (nord de Shinjuku), le collectif part à la conquête d’un nouveau genre le torse bombé mais les poches vides. Sans compositeur, uniquement samplé par le boulot des DJ’s, les artistes du MSC ne connaissent rien de la musique, ou presque, jusqu’à ne même pas savoir ce qu’es un MPC.

C’est porté par les influences outre atlantique d’un Gangsta Rap déjà longtemps imposé en Amérique qu’en 2002 le crew fait sa première apparition sur l’une des compils du magazine Blast. La même année sort leur premier EP Teito Hokaî (帝都崩壊 – La chute de l’empire) sous le blaze de MS CRU chez le label P-Vine Records. Première apparition concrète du groupe, le disque est remarquable pour sa simplicité et sa dimension underground, mais la dimension “make home” est perceptible et ce disque n’est que le premier pas du collectif dans le Rap Game japonais.

L’année 2003 est celle de consécration du crew, le MS CRU devient le MSC est le collectif découvre réellement le monde de la musique à la confection de leur premier LP studio. L’album Matador sort chez P-vine Record.

MC Kan rappel anecdotiquement dans une interview qu’ils se sont investis comme des malades dans la production de cet album. Dans leur base, ni télé et jeux vidéo. Ils étaient là pour faire de la musique et rien d’autre. Malgré un collectif aux multiples entités, seul MC Kan s’occupera du mastering de cet album. Mais, pour le groupe, le résultat final est mitigé. Le crew ne reconnait pas la dimension Hiphop pur qu’il recherchait avec ce premier opus studio. Problème de production globale et aussi une part d’amateurisme pour accuser le coup. En 2016, cet album représente pourtant une pépite du Rap Game japonais et un incontournable pour les aficionados du Gangsta Rap japonais.

Lorsque l’on questionne Mc Kan sur le regard qu’il porte aujourd’hui sur cet album, il ne peut s’empêcher de relever la dimension puérile et les dénonciations un peu faciles en charge dans cet album, en s’attaquant au gouvernement à ci et à ça. Mais reconnait que les choses ont bien changé depuis et que même si cet album a vieilli il cristallise leur état d’âme de l’époque.

De parts et d’autres de la Meiji Dori, Libra Records

De parts et d’autres de la Meiji Dori MSC d’un côté et Libra records de l’autre. Ce qui deviendra un label incontournable dans le monde du rap japonais trouve ses débuts avec le MSC. Les uns comme les autres n’ont aucune connexion ensemble et seul le bouche à oreille va réunir le collectif et le label. Au début des années 2000 les labels de rap japonais ne cours pas les rues à Tokyo et les groupe de Gangsta Rap n’ont plus. Comme un mariage inévitable, le collectif va devenir dès 2003 le poulain du label qui est aujourd’hui une entité sure et imposante du rap japonais.

Libra Records doit en partie son succès à cette connexion avec le MSC. Le groupe positionne le label comme référence du rap hardcore Tokyoïte et lui permettra d’assoir sa légitimité grâce à la production de leurs prochaines productions.  D’abord grâce au second E.P du collectif : Juku No Shato (帝都崩壊 – La tour de Shinjuku) en 2003. Ensuite par l’album de la consécration pour le MSC : Shinjuku Street Life (新宿 Street Life) qui sera leur second album studio (2006). Celui-ci deviendra vite un gros succès chez les disquaires nippons. Par la même occasion, la majorité des membres et groupe du MSC sortiront tour à tour leurs LP chez Libra records. On compte notamment dans la liste le premier LP de MC Kan, les deux premières productions de Juswanna (ジャスワナ), et les albums solos de 02 et Taboo1.

Malheureusement les relations se compliqueront entre le label et le collectif, notamment à cause d’un non-paiement de Royalties à MC Kan. Ce qui plombera par la même occasion la productivité du collectif. Aucun nouvel album ne voit le jour depuis Shinjuku Street life chez le label. La relation entre le Mic Space Cru et Libra Records cesse définitivement à partir de 2014.

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La renaissance du MSC, Black Swan et 9Sari Group

Alors que le MSC est invisible depuis la sortie de son second opus chez Libra Records, la cessation de leur contrat avec Libra Records va relancer la machine. Le MSC rejoint le label Black Swan dès la cessation du contrat avec le précédent label. Black Swan est une entité faisant parti de 9Sari Group, un collectif de Label rassemblé en un seul noyau dur constitué par MC Kan durant l’année 2012.

Cette appartenance à ce nouveau label sonne le glas d’une remise sur les rails pour le MSC. En 2015, le groupe sort le mini album 1号棟 107, première apparition reconstitué du collectif depuis 9 ans. Le titre Tru B-Boyz Strikes Back remet les choses à plat, dresse le nouveau portrait de MSC. Les vrai B-Boyz contrattaque et reviennent sur le devant de la scène. Le clip met en scène une conférence de presse tenu par les entités du premier jour : Taboo1, Dogma, Mc Kan, MEGA-G de Messiah the Fly et Primal du groupe Satellite. Clip dans lequel on perçoit MC Kan jeter à même le sol les vêtements au couleur de Libra Records. Le renouveau est annoncé, reste plus qu’à attendre un prochain album studio de la part du collectif, pour réveiller les esprits et rappeler que le MSC règne sur Shinjuku et veille sur le rap japonais.